Saint-Bruno est un quartier peuplé. Tous ceux qui passent ici le savent. Saint-Bruno est peuplé de toutes celles et ceux qui habitent ses rues, s’y arrêtent, y discutent, traînent aux terrasses des cafés, se reposent et jouent dans les parcs. Saint-Bruno est peuplé de rires, d’engueulades, de sifflets, des cris du marchés, des odeurs de poulets rôtis et de mahjouba. Saint-Bruno est peuplé de langues et de saveurs qui viennent des quatre coins du monde. Saint-Bruno est peuplé d’amitiés, de coup de main, de débrouille. Saint-Bruno est peuplé de différents mondes qui cohabitent, et parfois coopèrent ou s’entrechoquent.
Mais depuis 30 ans que la désindustrialisation du quartier a été achevée, une lame de fond vient bouleverser ces manières de l’habiter, attaque ces liens et les usages communs de la rue. Et pousse les plus démunis à plier bagages. Silencieusement et brutalement. Pourquoi s’encombrer de pauvres quand les usines ont été transformées en centre d’Art Contemporain ou en atelier éphémère de Street Art?
Aujourd’hui, l’objectif poursuivit est de plus en plus clair : que Saint-Bruno deviennent un quartier de l’hypercentre, que la continuité métropolitaine avec la presqu’île scientifique et Bouchayer-Viallet soit achevée. Que Saint-Bruno deviennent une pièce de la Métropole signifie le vider de sa vie, réduire peu à peu l’usage de ses rues, de ses places, à de froids rapports de consommation. Mais aussi faire disparaître les formes d’occupations et d’appropriations populaires de l’espace qui y subsistent, fluidifier la circulation et le soumettre aux injonctions de l’urbanisme sécuritaire.
Ce qui nous arrive ici, arrive aussi bien ailleurs. Dans la plupart des villes occidentales la même logique se déploie. À l’échelle des anciens quartiers populaires ce processus d’expropriation a été appelé gentrification. Mais ce phénomène s’inscrit lui-même dans une dynamique plus globale de mise en concurrence des grands centres urbains et de leur course à l’attractivité : la métropolisation.
Nous qui refusons de considérer ces logiques comme inéluctables, et encore moins comme naturelles, nous entendons les prendre pour ce qu’elles sont : des logiques ennemies. Ennemies de toute vie commune et de toute ville populaire. Et nous avons d’abord des questions à partager : Quelle réalité très matérielle se cache derrière cet étrange terme de « gentrification » ? Et quels discours viennent légitimer cette expropriation d’une brutalité implacable ? Quel rôle joue les entrepreneurs de l’Art et de la Culture dans ces opérations d’urbanisme ? Pourquoi nos villes deviennent des métropoles ? Quel monde cela préfigure-t-il ? Et enfin, quelles lignes de conflits sommes-nous à même de tracer ? D’autres manières d’habiter et de s’approprier la ville peuvent-elles prendre place dans ce champs de bataille ?
Pour commencer à répondre à ces questions nous vous invitons le Samedi 8 Décembre à une après-midi de réflexions qui s’articulera autour de 4 interventions :
Saint-Bruno : quartier créatif ?
L’art et la culture dans les transformations urbaines
Par Didier Moineau, auteur de Dérive dans une ville créative (2018)
Gentrification et mixité sociale, un lien à déconstruire
Processus de gentrification, politiques publiques, et objectif de mixité sociale
Par Anne Clerval, enseignante chercheuse en géographie, auteure d’un ouvrage de référence sur la gentrification, Paris sans le peuple (2013)
Les métropoles barbares
Analyse et histoire de la métropolisation comme fait social total
Par Guillaume Faburel, professeur en géographie, urbanisme et science politique auteur de Les métropoles barbares (2018)
Fragmenter l’urbain
Retour sur un séminaire contre la métropole durable à Dijon (2018)
Par un membre du groupe « Politiques urbaines » du Quartier Libre des Lentillères
De 13h30 à 18h au Club Saint-Bruno, 20 place saint-bruno, Grenoble.
Entrée libre
Pour contacter le collectif : artdedepeupler@riseup.net
